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Au fil des jours

Saint-Roch, thirty dirty years after...

Revenons sur cette belle journée du 18 novembre où six bonnes cuvées d’ancien(ne)s se sont réunies à la même table, depuis les 47 jusqu’aux 97. Comme promis, c'est Philippe Coulée (rh.77 et journaliste) qui nous propose ici son regard. Comment a-t-il vécu ce retour pour quelques heures sur les lieux de son adolescence?


Saint-Roch, thirty dirty years after…

En pleine crise de la cinquantaine, malgré l'invitation relayée par quelques compères qu'on imagine déjà bedonnants et dégarnis des cimes (voir photo d'époque), on s'est d'abord fait dûment prier. Qui reconnaîtrais-je? avec qui partager le couvert et quelques hauts faits de guerre dans le grand réfectoire embué et surchauffé pour la circonstance? quel vieux poilu improbable parmi mes anciens professeurs - dont la moyenne d'âge doit frôler allègrement la septantaine - sera encore suffisamment bon œil et bonne tête pour me remettre?
Puis, au troisième rappel, on se dit que, quand même, on va aller y voir de plus près, avec ou sans sa moitié. Plutôt sans, d'ailleurs, pour pouvoir tout remettre sur la table sans trop de retenue et de regards en coin, juste entre vieux poilus qui se sont frottés 6 ans durant dans les mêmes tranchées.
Là où, passé le lever du dimanche, précipité ou pas, les souvenirs commencent à se bousculer, c'est en quittant la route reliant Aywaille à My, pour entrer dans les premiers lacets ombragés du bois de Bernardfagne. Remontent lentement des spleens de dimanche soir, quand, sur cette petite route enfouie dans les arbres battus par les vents d'automne, on croisait les phares anonymes d'autres parents d'internes, déjà déposés sur le seuil du petit séminaire avec leur valise contenant beurre, Nutella et autres précieuses bouffées d'oxygène du monde extérieur. Oui, à cette époque, on ne parlait encore ni de collège ni de mixité; et l'externe restait une minorité tantôt opprimée, tantôt jalousée, tantôt rançonnée pour les courses urgentes.
Entrée par la cour d'honneur: les panneaux indiquent l'office religieux ou l'apéro. Le choc! Elle a pris un fameux coup de vieux aussi, la cour d'entrée. Et d'honneur, il ne reste guère que le nom. Faudra en parler à Keytrade et un des anciens st-rochîs les plus connus dans le monde des affaires, dont le portrait figurait dans un "Echos" récent, pour lancer rapidement un partenariat public-privé cadrant son relifting…
Passé la lourde porte de chêne qui tutoyait jadis le bureau du directeur - "Georgy" Jehenson puis l'abbé Debatty - et bordait l'alcôve de notre miss Ratched à nous, alias Betty Linder, infirmière redoutable, les odeurs remontent les années, et les souvenirs avec elles.
Un étage plus haut, devant le grand réfectoire, les bruits diffus indiquent que la messe est finie. Et dès l'entrée, la bonne surprise : non, ils n'ont pas tous le caillou lisse et le ventre proéminent ; et on les reconnaît sans trop de peine. La rhéto de 77 n'est même pas décimée dans la salle. Mumu (Michel Muller) joue les RP sur le seuil, avec Vincent Mottet. Non loin, Jean-Noël Tilman (sans ses "crolles") s'esclaffe parce qu'on vient de le prendre pour Bébé phoque (Jean-Marie Hogge). Et tout semble repartir comme il y a 30 ans, quelques réussites, cicatrices et pudeurs en plus.
Le plus surprenant reste à venir : si, ils sont venus, ces anciens centurions qu'on croyait décatis. Et le comble, ils nous reconnaissent! Les plus perspicaces : Pierre Colin, dont le fiston est aux fourneaux, et Gene Bechet, euh, madame la directrice adjointe, qu'on a "rôdée" il y a plus de 30 ans déjà lors de sa première année dans les couloirs de Bernardfagne. C'était bien avant qu'elle s'y enracine, aux côtés du grand Jacques. Lui, certain, il peut passer le casting pour jouer Jules César dans le prochain Astérix: près de 40 ans de cours d'histoire lui ont buriné un profil de sesterce à s'y méprendre.
On passera rapidement sur quelques brouhahas opposant, entre plat et fromage, vin aidant, la cuvée 20 ans d'âge aux "Vintage" de 40 ans, par imitateur et avocat interposés. Et on se quittera, après avoir repris ses esprits bien refroidis grâce à la photo de groupe de l'autre PhCo au milieu de la cour de récré de 5-6 (1-2 d'aujourd'hui). Là encore, après une pensée émue pour le pauvre Jean-Marie, qui ne reconnaîtrait plus son potager, les souvenirs bien terre-à-terre, olfactifs ou visuels, remontent à la bêche, entre cuvettes de toilettes et goals de foot, toujours marqués au même endroit – au micron près - contre les murs de pierre. Naturel, quand tu nous tiens par les tripes.
Et c'est juré: foi d'André Mélis, qu'on tance par gsm pour le lapin posé malgré son inscription, on se reverra dans un resto du coin l'an prochain. Et on invitera Stéphane Bonten, petit frère de Mathieu, retenu en Guadeloupe, le pauvre, et un autre Aubelois de souche, Laurent Gérardy, parti se ressourcer au Sénégal. Dur dur la vie de quinqua buriné à bonne école…

Par Philippe Coulée (rh.77)

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